Activités 2009-2010
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La deuxième guerre de Gaza : Israël a perdu en mer
Ce n’est plus Israël que nous défendons mais le siège de Gaza,
devenu en lui-même le Vietnam d’Israël |
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Ha’aretz, 31 mai 2010
Traduction : Gérard Eizenberg pour
La Paix
Maintenant
Une guerre dit à un peuple de terribles vérités sur lui-même.
Voilà pourquoi il est si difficile de les entendre.
Nous étions déterminés à éviter un regard honnête sur la 1re
guerre de Gaza. Maintenant, dans des eaux internationales, après
avoir ouvert le feu sur un groupe d’humanitaires, de
travailleurs et de militants, nous sommes en train de perdre la
deuxième. Et, pour Israël, au bout du compte, cette 2e guerre
pourrait bien se révéler encore plus coûteuse et cruelle que la
1e.
En entrant en guerre à Gaza, fin 2008, les dirigeants politiques
et militaires israéliens pensaient donner une leçon au Hamas.
Ils ont réussi. Le Hamas a appris que la meilleure manière de
combattre Israël était de le laisser faire ce qu’il avait
commencé naturellement : bourdes, bévues et exaspération.
Le Hamas, comme l’Iran et le Hezbollah, ont appris très tôt que
l’embargo qu’Israël avait imposé à Gaza était l’arme la plus
sophistiquée, la plus puissante, qu’ils auraient pu déployer
contre l’Etat juif.
Ici, en Israël, la leçon n’a pas encore été apprise. Ce n’est
plus Israël que nous défendons mais le siège, devenu en lui-même
le Vietnam d’Israël.
Bien sûr, nous savions que cela pouvait arriver. Dimanche, quand
le porte-parole de l’armée avait commencé à parler de Gaza et
d’une flottille en termes d’attaque contre Israël, Nahman Shaï,
porte-parole de l’armée en 1991, pendant la guerre du Golfe,
avait évoqué publiquement le pire des cauchemars, une opération
où des soldats israéliens, en attaquant la flottille, pourraient
ouvrir le feu sur des militants pacifistes, des travailleurs et
des Pris Nobel. La députée (Likoud) Miri Regev, qui a dirigé
elle aussi les services du porte-parole, a dit dès lundi matin
que le plus important était de s’occuper très vite des
informations négatives des médias, de façon à ce qu’elles
disparaissent.
Mais elles ne vont pas disparaître. L’un des bateaux portait le
nom de Rachel Corrie, tuée à Gaza il y a sept ans en tentant de
barrer la route à un bulldozer de l’armée. Son nom et son
histoire résonnent depuis chez les militants pro-palestiniens.
Peut-être plus inquiétant encore : comme dans une marche folle
de lemmings, dans nos relations avec Ankara, une puissance
régionale d’une importance cruciale et qui, si l’on avait fait
attention, aurait pu aider à se sortir du guêpier de Gaza, nous
nous sommes approchés dangereusement d’une déclaration effective
d’état de guerre avec la Turquie.
"Il y aura un très gros incident avec les Turcs",
a dit Benjamin Ben-Eliezer, le ministre le plus sensible aux
relations entre Israël et le monde musulman.
Nous expliquons, encore et toujours, que nous ne sommes pas en
guerre contre le peuple de Gaza. Nous le répétons parce que
nous-mêmes avons besoin d’y croire, et parce que, au fond, nous
n’y croyons pas.
Il fut un temps où l’on pouvait dire que nous ne nous
connaissions qu’en temps d guerre. Ce n’est plus vrai.
Aujourd’hui, nous ne connaissons plus rien. Encore un problème
pour s’empêcher de parler avec le Hamas et l’Iran. Car ils nous
connaissent tellement mieux que nous ne connaissons nous-mêmes.
Ils savent, comme le disait la
chanson sur le seconde guerre du Liban (("Lo
Yakhol La’atzor Et Zeh" - "Impossible d’arrêter ça"),
que nous sommes incapables de nous voir avec lucidité, et ne
sommes plus capables de rien arrêter.
Le Hamas, comme l’Iran, en sont arrivés à connaître les
bienfaits de la toxicité de la politique intérieure israélienne,
tellement prête à hypothéquer l’avenir en échange d’un moment de
calme apparent.
Ils savent que, dans notre désir désespéré de protéger l’image
que nous avons de nous-mêmes, nous éviterons de modifier une
politique qui a, littéralement, aidé et conforté nos ennemis, en
particulier le Hamas, que le siège de Gaza a enrichi par les
taxes qu’il prélève sur les tunnels et conforté à travers la
colère envers Israël.
Il faut dire que pour
beaucoup de monde, à droite, il y aura une sorte de joie
silencieuse, On croassera : "Nous
vous l’avions bien dit, le monde nous hait, quoi que nous
fassions. Alors autant continuer de construire (en clair : dans
les colonies et à Jérusalem Est) et de défendre nos frontières
(en clair : renforçons le Hamas et finalement, faisons-nous du
mal en refusant de lever l’embargo sur Gaza)."
Le Hamas, l’Iran et la droite dure, en Israël comme en diaspora,
savent bien qu’il s’agit d’un test d’une extrême importance pour
Benjamin Netanyahou. Désireux de voir le monde se concentrer sur
l’Iran et sur la menace qu’il pose aux habitants d’Israël,
Netanyahou doit reconnaître qu’aujourd’hui, le monde a les yeux
fixés sur Israël et sur la menace qu’il pose aux habitants de
Gaza
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